Retenue sur dépôt de garantie : ce que le propriétaire peut légalement déduire
Seules les dégradations par défaut d’entretien sont facturables, pas l’usure normale.
- Peinture jaunie après plusieurs années = usure, non facturable.
- Trous profonds dans les murs par mauvaise utilisation = dégradation facturable.
- Moquette brûlée par un fer à repasser = retenue possible sur le dépôt.
- L’état des lieux d’entrée est obligatoire pour prouver les dégradations.
- Rayures légères sur parquet ancien = usure normale, non déduite.
Usure normale vs dégradations : ce qui est vraiment facturable
| Type de dommage | Usure normale (non facturable) | Dégradation (facturable) |
|---|---|---|
| Peinture | Jaunissement naturel après plusieurs années | Taches profondes, graffitis, éclaboussures d’huile |
| Moquette / tapis | Usure après 5 ans d’occupation | Brûlures, déchirures, taches impossibles à nettoyer |
| Sols durs | Rayures légères sur parquet ancien | Carrelage fissuré, parquet rayé volontairement |
| Murs et cloisons | Petites marques de meubles | Trous profonds, impacts au marteau, cloisons défoncées |
| Menuiseries | Peinture qui s’écaille sur fenêtre de 10 ans | Vitres cassées, mécanismes de volet roulant endommagés |
La ligne de partage repose sur un principe simple : le propriétaire assume le vieillissement normal des matériaux, tandis que le locataire répond de son défaut d’entretien ou d’une mauvaise utilisation. Par exemple, une moquette usée après 5 ans relève de l’usure normale et ne justifie aucune retenue. En revanche, une moquette brûlée par un fer à repasser constitue une dégradation facturable. De même, les trous dans les murs causés par des chevilles mal rebouchées peuvent être retenus sur le dépôt de garantie, contrairement aux micro-trous de clous laissés par un cadre photo.
Pour éviter les litiges, conservez vos photos d’origine et l’état des lieux d’entrée. Sans ces preuves, le propriétaire ne peut pas prouver que le dommage n’existait pas avant votre arrivée. La loi présume alors que le logement était en bon état à votre entrée, ce qui limite fortement les retenues possibles.
État des lieux : la pièce maîtresse pour prouver les retenues

L’état des lieux d’entrée et de sortie constitue le seul document qui permet de comparer objectivement l’état du logement avant et après l’occupation. Sans lui, le propriétaire ne peut pas prouver l’existence de dégradations imputables au locataire, et la retenue devient juridiquement contestable. Voici les règles essentielles à connaître.
- Comparaison entrée/sortie obligatoire : la retenue n’est possible que si un écart est constaté entre les deux états des lieux. Un simple défaut d’entretien ou une trace d’usure doivent être visibles sur les deux documents pour être facturés.
- Absence d’état des lieux d’entrée = bon état présumé : si le propriétaire n’a pas réalisé d’état des lieux lors de la remise des clés, la loi présume que le logement était en parfait état. Il ne pourra alors retenir aucune somme sur le dépôt de garantie, même en cas de dégradation évidente.
- Photos conservées = preuve irréfutable : pour éviter tout litige, il est fortement recommandé de prendre des photos datées lors des deux états des lieux. Ces clichés constituent une preuve complémentaire en cas de contestation devant la commission de conciliation ou le tribunal judiciaire.
- État précis évite les litiges : un état des lieux détaillé (mention des fissures, traces, marques au sol, état des peintures) réduit les zones d’interprétation. Plus le document est précis, moins le risque de désaccord est élevé lors de la restitution.
- Locataire doit contester le jour même : si le locataire estime que l’état des lieux de sortie est erroné ou incomplet, il doit le signaler immédiatement et refuser de signer. Toute contestation après la signature est plus difficile à prouver.
Sans état des lieux conforme, le propriétaire perd tout moyen légal de justifier une retenue. Le locataire, lui, conserve la présomption d’avoir rendu le logement en bon état et peut exiger la restitution intégrale du dépôt de garantie dans les délais prévus par la loi.
Justificatifs obligatoires : devis ou facture que le propriétaire doit fournir
Le propriétaire ne peut pas retenir une somme sur le dépôt de garantie sans fournir de justificatifs. Chaque retenue doit être appuyée par un devis ou une facture détaillant le coût réel des réparations. Cette obligation légale vise à éviter les retenues abusives et à garantir la transparence des sommes déduites.
Si le montant des dégradations est inférieur à 20 % du dépôt de garantie, un simple devis peut suffire. En cas de litige, la facture acquittée est la preuve la plus solide. À défaut, le locataire peut contester la retenue devant la commission de conciliation ou le tribunal judiciaire, dans un délai de 3 ans après la fin du bail.
L’absence de justificatif entraîne l’obligation pour le propriétaire de rembourser l’intégralité du dépôt, majorée des 10 % de pénalité par mois de retard. Conservez donc bien vos devis et factures pour prouver chaque retenue.
Contester une retenue abusive : procédure et recours
Étape 1 : la contestation à l’amiable
Avant toute action en justice, privilégiez un échange direct avec votre propriétaire. La majorité des litiges se résolvent par une simple discussion ou un courrier. Si l’échange oral échoue, une lettre recommandée avec accusé de réception constitue la première démarche officielle.
- Courrier recommandé avec AR exposez clairement votre contestation et les montants que vous estimez abusivement retenus.
- Joindre photos et état des lieux comparez visuellement l’état d’entrée et de sortie pour démontrer une usure normale.
- Détailler chaque montant contesté ligne par ligne, opposez les justificatifs du propriétaire à vos propres preuves (factures d’entretien, témoignages).
- Délai de réponse : 1 mois laissez un mois au propriétaire pour répondre avant d’envisager une action plus formelle.
Étape 2 : les recours juridiques
Si votre contestation amiable reste sans réponse ou insatisfaisante, deux voies s’offrent à vous, à engager dans un délai de 3 ans après la fin du bail (délai de prescription). Plus vous agissez vite, plus vos preuves seront fraîches et faciles à rassembler.
- Commission de conciliation gratuite saisissez gratuitement cette commission départementale. C’est une procédure rapide, sans avocat obligatoire, qui aboutit souvent à un accord.
- Saisine tribunal judiciaire après échec si la conciliation échoue, vous pouvez porter l’affaire devant le tribunal judiciaire. Le juge tranchera sur la base des pièces fournies.
- Prescription : 3 ans après fin bail passé ce délai, vous perdez tout droit à réclamer les sommes indues. Agissez sans attendre.
- Majoration 10 % par mois de retard au-delà du délai légal de restitution (1 mois ou 2 mois), le propriétaire doit une pénalité de 10 % du loyer mensuel par mois de retard commencé, automatiquement due.
Délais de restitution du dépôt de garantie et pénalités
Le propriétaire doit restituer le dépôt de garantie sous 1 mois si l’état des lieux de sortie est conforme à l’entrée. En cas de dégradations constatées, le délai passe à 2 mois à compter de la remise des clés.
Passé ces délais, une majoration de 10 % du loyer mensuel s’applique par mois de retard commencé. Le locataire peut exiger cette pénalité sans avoir à prouver un préjudice.
Pour les logements en copropriété, le propriétaire peut retenir 20 % du dépôt jusqu’à l’approbation des comptes annuels. Passé ce stade, il doit restituer le solde sous peine des mêmes pénalités.
FAQ : questions fréquentes sur les retenues du dépôt de garantie
Quels types de charges peuvent être retenues sur le dépôt de garantie ?
Seules les dégradations locatives non couvertes par l’usure normale sont retenables, comme les trous dans les murs, les moisissures dues à un manque d’aération, ou les appareils cassés par négligence. Les charges récupérables (ordures, entretien des parties communes) et les loyers impayés sont exclus de cette retenue.
Que peut légalement retenir le propriétaire sur la caution ?
Le propriétaire peut légalement retenir le montant des réparations locatives justifiées par un état des lieux de sortie, uniquement sur présentation de devis ou factures détaillées. Il ne peut pas déduire les frais de remise en état liés à la vétusté normale, ni les charges courantes ou les pénalités de retard.
Quelles dégradations sont facturables au locataire ?
Sont facturables les dégradations volontaires ou par négligence : brûlures sur le plan de travail, vitres cassées, serrures forcées, peintures écaillées par choc, ou carrelage fendu. En revanche, les traces d’usage comme des auréoles sur la moquette ou un parquet légèrement rayé relèvent de l’usure normale.
Comment fonctionne la retenue de 20 % sur le dépôt de garantie ?
Cette retenue de 20 % n’existe pas dans la loi française. Elle provient d’une confusion avec un ancien dispositif ou des clauses abusives. Le propriétaire ne peut déduire que le coût réel des réparations justifiées, sans pourcentage forfaitaire, et doit restituer le solde dans les délais légaux.
