Viole de gambe : description, histoire, apprentissage et répertoire

La viole de gambe est un instrument à cordes frottées, parfois pincées.

  • 6 cordes en boyau frettées, comme sur un luth.
  • Tenue entre les jambes, sans pique ni chevalet.
  • Dos plat et sonorité proche de la voix humaine.
  • Accord en quartes avec une tierce au milieu.
  • Famille de 7 instruments, du pardessus à la contrebasse.

Description et facture de la viole de gambe

La viole de gambe est un instrument à cordes frottées, parfois pincées, qui appartient à la grande famille des instruments anciens. Sa caractéristique la plus immédiate ? Elle se joue tenue entre les jambes, comme le suggère son nom italien viola da gamba littéralement « viole de jambe ». Sa silhouette évoque celle d’un violoncelle, mais avec un dos plat et six cordes en boyau, une facture qui lui donne une sonorité douce et chaleureuse, souvent comparée à la voix humaine.

Pour le débutant qui découvre l’instrument, plusieurs éléments de lutherie sont à connaître :

  • 6 cordes en boyau frettées, comme sur un luth ou une guitare
  • Accord en quartes avec une tierce au milieu, très différent du violon
  • Son proche de la voix humaine, selon le virtuose Marin Marais
  • Dos plat et touche frettée, qui facilitent la justesse pour les débutants
  • Tenue entre ou sur les jambes, sans pique ni chevalet

Le musicologue Michael Praetorius décrivait déjà au début du XVIIe siècle une basse de viole à 6 cordes en boyau, une caractéristique qui demeure aujourd’hui la norme pour la plupart des tailles de l’instrument, bien que certaines variantes comme le pardessus de viole puissent n’en compter que 5.

La viole de gambe se décline en une famille complète de 7 instruments, du plus aigu au plus grave : pardessus, dessus, alto, ténor, basse, grande-basse et contrebasse. Tous partagent la même technique de jeu et la même tenue, mais leurs tessitures varient considérablement, offrant un spectre sonore allant du soprano à la contrebasse.

Cette conception singulière distingue la viole de son cousin le violon, tenu sous le menton. Là où le violon s’est imposé comme l’instrument roi des orchestres, la viole de gambe a longtemps été l’instrument des cours aristocratiques européennes, réputée pour sa capacité à imiter les inflexions de la voix humaine une qualité que les compositeurs de l’époque baroque ont abondamment exploitée.

Organisation des études : cursus et parcours pour apprendre la viole de gambe

la viole de gambe

Apprendre la viole de gambe ne suit pas un chemin unique. Les établissements d’enseignement musical, des conservatoires aux écoles spécialisées, organisent généralement leur cursus en trois cycles distincts. Ce cadre progressif s’adapte aussi bien à l’enfant débutant qu’à l’adulte en reconversion.

  • Cycles 1, 2 et 3 : structuration progressive de l’apprentissage, du débutant au niveau pré-professionnel.
  • Test d’entrée obligatoire : validation du niveau et de la motivation pour intégrer chaque cycle.
  • CPES et CPDN sur concours : un examen spécifique pour les cursus supérieurs, exigeant un programme musical préparé.
  • Formation musicale 1h30 à 2h : théorie, lecture de notes et culture musicale, obligatoires chaque semaine.
  • Pratique collective 2h30 à 3h : participation à l’orchestre ou à un ensemble, essentielle pour développer l’écoute.

Cette organisation exigeante est contrebalancée par un cycle d’orientation d’un an pour les hésitants, renouvelable sur dérogation. Ce dispositif permet de tester l’instrument sans s’engager immédiatement dans un long parcours.

Dès le premier cycle, la pratique individuelle est complétée par des cours de basse continue et de jeu en consort, deux piliers de la viole. Les concertos et sonates du répertoire baroque nécessitent une connaissance approfondie de l’harmonie, abordée dès les premières années. Certains établissements, comme le Conservatoire TPM, proposent même une Classe à Horaires Aménagés Musique (CHAM) pour les collégiens.

Cette approche par cycles impose une régularité, mais offre une progression claire et des objectifs atteignables. Les tests d’entrée sont conçus pour évaluer le potentiel plus que la performance, et les jurys restent attentifs à la motivation des candidats.

La famille des violes de gambe : tailles, tessitures et variantes

La famille des violes de gambe compte 7 instruments, tous tenus entre ou sur les jambes. Ils se distinguent par leur taille, leur tessiture et leur accord, formant une gamme continue du plus aigu au plus grave : pardessus, dessus, alto, ténor, basse, grande-basse et contrebasse. Cette organisation permet de jouer en consort, un ensemble homogène où chaque voix est confiée à un instrument de la même famille.

Instrument Tessiture Particularité d’accord
Pardessus Aiguë Octave au-dessus du ténor ; variante à 5 cordes (sol, ré, la, ré, sol)
Dessus Soprano Accord en quartes avec tierce
Alto Contralto Taille intermédiaire du consort
Ténor Ténor Référence pour l’accord des autres tailles
Basse Basse 6 cordes en boyau selon Praetorius
Grande-basse Basse grave Une octave sous le dessus
Contrebasse Contrebasse Seule tenue sans les jambes

Au-delà de ces tailles standard, des variantes historiques existent. La viola bastarda, par exemple, couvre toutes les tessitures avec ses 6 cordes, tandis que la viola pomposa, à 5 cordes, se situe une octave sous l’alto. Ces instruments témoignent de la richesse expressive de la famille, que les compositeurs baroques ont largement exploitée.

Le choix de la taille dépend avant tout du répertoire visé. La basse de viole reste la plus pratiquée, notamment pour le répertoire français de Marin Marais et de Sainte-Colombe. Le pardessus, plus léger, convient aux pièces galantes du XVIIIe siècle. Pour les débutants, la taille se choisit souvent avec le professeur, en fonction de la morphologie et des objectifs musicaux.

Équipe pédagogique : professeurs et lieux d’apprentissage de la viole de gambe

Pour trouver un professeur, la Société Française de Viole de Gambe constitue la référence incontournable : elle recense plus de 100 lieux d’apprentissage en France, consultables via une carte interactive indiquant le nom du conservatoire et de l’enseignant.

Des pédagogues reconnus animent ces structures, à l’image de Myriam Rignol (Arts Florissants), Jean-Christophe Revel au CRR Ida Rubinstein de Paris ou Ondine Lacorne-Hébrard au CRR 93 d’Aubervilliers. La plupart des conservatoires proposent une location d’instruments et un accompagnement personnalisé dès le premier cycle.

Histoire et origines de la viole de gambe : de l’Espagne du XVe siècle à la redécouverte

Origines espagnoles et développement européen

L’histoire de la viole de gambe commence dans le royaume d’Espagne, plus précisément dans la région de Valence, à la fin du XVe siècle. La première peinture représentant une viole de gambe date de 1475, à Xàtiva : on y voit un ange musicien tenant l’instrument entre ses jambes, position qui lui vaudra son nom italien, viola da gamba.

L’instrument dérive probablement du luth ou de la vihuela, dont il hérite la touche frettée et l’accord en quartes avec une tierce au milieu. Dès son apparition, la viole s’impose comme un instrument aristocratique, enseigné aux gentilshommes dans le cadre de leur éducation musicale et sociale.

Au fil du XVIe siècle, la viole conquiert toute l’Europe. En Angleterre, elle devient reine de la musique de chambre sous les Tudors et les Stuarts. En Italie, les virtuoses de la viola bastarda repoussent les limites de la technique. En France, elle atteint son apogée sous le règne de Louis XIV, portée par des maîtres comme Sainte-Colombe et Marin Marais.

Le tournant s’amorce au début du XVIIe siècle : la famille des violons, plus puissante et plus brillante, gagne progressivement les cours européennes. En 1607, l’orchestre de l’Orfeo de Monteverdi réunit encore 15 violes et 2 violons ; quelques décennies plus tard, les Vingt-Quatre Violons du Roi, avec leurs 24 violons, incarnent le nouveau goût français. La viole de gambe s’efface alors peu à peu, supplantée par le violon et le violoncelle pendant près de deux siècles.

Redécouverte au XXe siècle

Il faut attendre le début du XXe siècle pour assister à la renaissance de la viole de gambe. Le facteur et musicien anglais Arnold Dolmetsch joue un rôle pionnier dans ce mouvement : en 1922, il organise à Liverpool un concert historique consacré à l’instrument, qui suscite un immense intérêt auprès du public et des musiciens.

Pour prolonger la visite

La viole de gambe partage avec d’autres pratiques un même goût pour la transmission et la découverte. La varappe puise son nom dans une gorge du Salève, terrain des grimpeurs genevois dès le XIXe siècle. Plus loin, on peut aussi explorer le quai de la Charente, qui longe le canal Saint-Denis dans le 19e arrondissement.

Le timbre chaud de la viole n’est pas sans rappeler la discrétion d’un certain Gabriel Fauré, compositeur dont l’héritage musical reste immense.

Cette redécouverte s’accompagne d’un travail de recherche considérable. Le tableau de Jean-Marc Nattier, représentant une viole de gambe et mesurant 246×185 cm, devient une référence iconographique pour les facteurs qui reconstruisent des instruments à l’identique. L’ouvrage de Bettina Hoffmann, fort de 392 pages, fait autorité sur la question de la facture et du répertoire.

Aujourd’hui, la viole de gambe a retrouvé toute sa place sur la scène musicale. Les ensembles de musique ancienne l’intègrent aussi bien dans les œuvres baroques que dans des créations contemporaines. Son timbre chaud et proche de la voix humaine, si cher à Marin Marais, continue de séduire un public de plus en plus large, et la Société Française de Viole de Gambe recense plus de 100 lieux d’apprentissage à travers le pays.

Répertoire et compositeurs : que jouer sur une viole de gambe

Compositeurs et écoles nationales

Chaque grande nation musicale européenne a développé un répertoire propre pour la viole de gambe, reflet de son esthétique et de ses usages. Ces trois écoles constituent le cœur du répertoire de l’instrument.

  • École anglaise : John Dowland, William Byrd, Henry Purcell
  • École française : Marin Marais, Sainte-Colombe, Caix d’Hervelois
  • École allemande : Jean-Sébastien Bach, Telemann, Haendel, Carl Friedrich Abel

En Angleterre, la viole de gambe connaît son âge d’or sous les Tudor et les Stuarts. John Dowland publie en 1604 ses célèbres Lachrimae, un recueil de pièces pour consort qui mêle mélancolie et raffinement. Henry Purcell, à la fin du XVIIe siècle, compose des fantaisies pour violes d’une grande liberté contrapuntique, considérées comme le sommet du genre.

La France développe une tradition de la basse de viole en solo, portée par la cour de Louis XIV. Marin Marais, violiste du roi, publie cinq livres de pièces pour viole et basse continue. Sainte-Colombe, son maître, invente les cordes sympathiques (une septième corde) et compose environ 900 pièces. La viole y est traitée comme une voix chantante : Marais affirmait qu’elle devait imiter la voix humaine.

Dans le monde germanique, la viole de gambe occupe une place centrale dans la musique d’église et de chambre. Jean-Sébastien Bach lui confie des parties essentielles dans ses cantates et la Passion selon saint Matthieu. Telemann et Haendel écrivent des sonates et concertos qui exploitent sa sonorité chaude et expressive.

Répertoire pour consort et musique contemporaine

Le consort de violes désigne un ensemble de 2 à 7 musiciens jouant des violes de différentes tailles. Ce format, très prisé en Angleterre aux XVIe et XVIIe siècles, permet de jouer des fantaisies, des danses et des arrangements de pièces vocales. Les compositeurs contemporains redécouvrent cette formation : l’ensemble Fretwork passe régulièrement des commandes à des compositeurs d’aujourd’hui, qui explorent les possibilités expressives de l’instrument.

Pour le violiste débutant, le répertoire est vaste : pièces pédagogiques de Marin Marais, divisions anglaises, sonates de Telemann. Les éditions modernes sont nombreuses et la plupart des pièces sont accessibles dès les premières années d’apprentissage.

Apprendre la viole de gambe : inscriptions, tarifs et informations pratiques

L’admission dans un conservatoire se fait presque toujours sur test d’entrée, que vous visiez les cycles 1, 2 ou 3. Pour les cursus supérieurs (CPES, CPDN), un concours d’entrée est requis. Un cycle d’orientation d’un an, renouvelable sur dérogation, permet de valider votre projet avant de vous engager.

La pratique collective est au cœur de la pédagogie : elle comprend 2h30 à 3h d’orchestre hebdomadaire en cycle spécialisé, complétées par des cours de basse continue et de consort. Si vous débutez sans instrument, la location est souvent proposée par les établissements, ce qui facilite les premiers mois d’apprentissage.

Pour trouver un professeur proche de chez vous, la Société Française de Viole de Gambe recense plus de 100 lieux d’enseignement en France. Sa carte interactive indique le conservatoire et le nom de chaque enseignant. Pensez aussi à vérifier les tarifs et règlements directement auprès de l’école de musique : ils varient selon le cycle et le statut de l’élève.